Littérature ou histoire : formes des récits et usages du passé en France et en Pologne, du XVIIIe siècle à nos jours

Littérature et culture au prisme de l’histoire. Un dialogue franco-polonais (XVIIIe -XXIe )
Colloque polono-français organisé par l’Institut Bibliothèque Polonaise de Paris et la Société Historique et Littéraire Polonaise en partenariat avec l’Université de Lorraine sous le haut patronage de Son Excellence Jan Emeryk Rościszewski, Ambassadeur de la République Polonaise à Paris
 

Dates et lieux :
- Mardi 17 mars 2026 : Nancy
- Mercredi 18 mars : Bibliothèque polonaise de Paris, 6, quai d'Orléans, Paris 4e
- Jeudi 19 mars : Bibliothèque polonaise de Paris
- Vendredi 20 mars : Bibliothèque polonaise de Paris

 

Depuis plusieurs décennies, les liens entre littérature et histoire constituent un terrain privilégié de la recherche. Des travaux fondateurs — Hayden White (Metahistory, 1973), Michel de Certeau (L’Écriture de l’histoire, 1975), Paul Ricoeur (La Mémoire, l’histoire, l’oubli, 2000) — ont mis en lumière les parentés des formes, des fonctions et des langages entre récit historique et fiction littéraire. D’autres études, en interrogeant la notion de fiction, ont questionné la possibilité d’une distinction entre récit de vérité et récit fictionnel (Käte Hamburger, Logiques des genres littéraires, trad. Pierre Cadiot, préface de Gérard Genette, Paris, Seuil, 1986 ; Dorrit Cohn, Le Propre de la fiction, trad. Claude Hary Schaeffer, Paris, Seuil, 2001). À l’instar de la fiction, l’écriture de l’histoire a fait l’objet d’études qui ont questionné ses présupposées épistémologiques, ses usages idéologiques et ses pratiques (Paul Veyne, Comment on écrit l’histoire, 2013 ; Béatrice Guion, Du bon usage de l’histoire. Histoire, morale et politique à l’âge classique, 2016). Le débat encore ouvert sur les rapports entre écriture de vérité et écriture fictionnelle, dont Marie-Laure Rayan a offert une synthèse au début de notre siècle (« Frontière de la fiction : digitale ou analogique », in Modernités, n. 17, Frontières de la fiction, textes réunis par Alexandre Gefen et René Audet, Presses Universitaires de Bordeaux, 2002, p. 17-41) témoigne de la porosité entre écriture de l’histoire et écriture fictionnelle, montrant ainsi que cette distinction ne peut se comprendre sans analyser les enjeux formels, politiques et idéologiques qui traversent les formes narratives.

Ce débat a été enrichi par des nouvelles générations de chercheurs, aussi bien en lettres qu'en histoire : Christian Jouhaud et Nicolas Schapira (Histoire, littérature et témoignage, 2009) ; Judith Lyon-Caen et Dinah Ribard (L’Historien et la littérature, 2010), Ivan Jablonka (L'Histoire est une littérature contemporaine, 2014), Françoise Lavocat (Fait et fiction, 2016) et Sylvie Servoise (Le Roman face à l’histoire, 2021). Ces derniers travaux ont montré comment le texte littéraire peut nourrir le travail de l'historien, comment l'historien mobilise les moyens propres à la littérature pour écrire l'histoire et comment la ligne de partage entre discours littéraire et discours historique peut varier en fonction des contextes culturels et politiques. Ils ont également apporté la preuve qu'il était possible d'échapper au panfictionnalisme et de départager les récits factuels et les récits fictionnels. Se concentrant sur la période classique, les chercheurs réunis dans le séminaire « Récit et vérité à l’époque classique » ont mis en évidence la labilité des frontières et les jeux d’échanges de formes, de motifs et de procédés entre des genres relevant à la fois de la littérature et de l’histoire, comme les Mémoires1. Leur travail, tout en reconnaissant une différence entre récit de vérité et récit fictionnel, invite à reconsidérer tout partage trop clivant entre histoire et littérature. Le colloque "Littérature et histoire en débats " (colloque en ligne sur le site Fabula, 2020) propose également de nombreuses pistes de réflexion intéressantes. Enfin, l’ouverture des archives et leur numérisation massive ont transformé l’accès aux sources, multiplié les corpus disponibles suscitant de nouveaux modes de lecture, d’appropriation et de mise en récit du passé, aussi bien par les historien·nes que par les artistes et écrivain·es. Ces évolutions reconfigurent les frontières disciplinaires et posent de manière renouvelée la question du rapport entre écriture historique et littérature.

Ce colloque se propose d’étudier, au prisme des questionnements ci-dessus, deux domaines culturels aux interactions multiples et fécondes : la France et la Pologne, depuis les Lumières jusqu'à l'époque contemporaine. La figure de Stanislas Leszczynski, duc de Lorraine et beau-père du Roi de France, emblématique de cette longue histoire, fera l’objet d’une attention particulière. Dans une optique comparatiste, il s’agira de mettre au jour des formes de médiation du passé qui traversent les productions culturelles de ces deux espaces. L’objectif sera de dégager et d’interpréter les différences mais tout autant d’appréhender les convergences des formes, discours et débats critiques. On se montrera sensibles aux phénomènes de circulation — de figures d’auteur·es et d'intellectuel.les, des matrices formelles et des idées. Ce cadre franco-polonais pourra ainsi constituer un point de départ pour des investigations élargies à d’autres contextes culturels, en ouvrant la voie à une comparaison renouvelée des usages sociaux de la littérature et des formes narratives de l’histoire dans des espaces et des traditions critiques hétérogènes.

 

Date(s) début - fin
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Lieu
Nancy et Paris
Organisateur(s)
Nicolas Brucker (Ecritures) Anna Saignes (LIS) Marilina Gianico (LIS) Aleksandra Wojda (CERCLE)
Pièce(s) jointe(s)